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La quête de sens au coeur de la mutation sociale

Dernière mise à jour : 11 oct. 2021


Lorsque j'ai commencé à m'intéresser à l'innovation sociale*, j'ai rapidement pris conscience que la question de la quête de sens était la pierre angulaire du changement de société auquel nous assistons.

100% des personnes interviewées dans le cadre de leur reconversion professionnelle ou de leur changement de vie ont fait un burn-out.

D’après un article de La Tribune de mai 2021, près de la moitié (44%) des salariés se déclarent en détresse psychologique, c’est dire à quel point le problème est systémique.

Pour rappel le burn-out est le fruit d’une surcharge cognitive (soit trop d’informations à traiter en même temps) qui amène la personne à un état de fatigue extrême et qui peut conduire à une grave dépression.

Petite parenthèse le mot burn-out est souvent uniquement associé à l'épuisement professionnel comme si nos vies étaient scindées en deux parties distinctes : la vie pro et la vie perso. J'ai pour ma part constaté que les personnes interrogées étaient passées par cette phase de mal-être du fait d'un épuisement professionnel parfois couplé à un épuisement parental sujet encore trop tabou dans notre société mais nous y reviendrons dans un autre article.

Le burn-out (mais également le bore-out : l’ennui au travail suivi de la dévalorisation de soi) est en revanche toujours associé à la quête de sens.

La philosophe Julia de Funes nous explique que du fait de l’émergence du numérique, les métiers demandent de plus en plus de technicité ce qui est l’exacte opposé de la définition même du mot « sens ». Pour rappel le sens est l’aptitude à connaître, à apprécier quelque chose de façon immédiate et intuitive d’après le dictionnaire Larousse.

En effet, plus l’emploi requiert de la technicité plus la quête de sens est forte. Nous avons interviewé plusieurs personnes dans cette situation qui exerçaient auparavant des jobs de data scientist, Sales force admin ou de SEO director et qui "n'en pouvaient simplement plus" de passer leur vie face à un ordinateur.

" De même que le Yupala dispense les enfants de savoir marcher, le process dispense les esprits d'avoir à penser" ajoute Julia de Funes en citant Kant.

Cette quête de sens ne concerne pas uniquement les dits bullshits jobs. Nous avons par exemple interviewé Max (nom d’emprunt) ancien fonctionnaire international ainsi que Julie qui travaillait dans une grande ONG cependant ils décrivent cette perte de sens comme une incapacité à voir la finalité de leur travail dans le temps.

Leurs emplois portaient de fortes valeurs humanistes mais le manque de résultat concret les ont poussé eux aussi à se réinventer. « L’essentiel n’est jamais le plus urgent » résume Max.

Cette déconnection du tangible, du contact humain, les ont amenés à une reconversion professionnelle vers des métiers plus manuels comme accompagnateur en montagne pour Max ou artisane pour Alexandra (voir leurs épisodes de sabøtage).

Il est intéressant de s'interroger sur cette apparente transmutation des individus qui n’attendent plus que le changement viennent des entreprises ou des institutions.

Ils exercent leur libre arbitre afin de s’extirper d’un quotidien qui ne leur ressemble plus.

Se sentant dépérir intellectuellement et nerveusement, ils transmutent non pas par audace mais « par instinct de survie » décrivent-ils.


Ils disent aujourd’hui ne pas connaître un bonheur sans faille mais avoir gagné du temps de qualité et une grande liberté d’action au quotidien.

Julia de Funès ajoute dans le studio de France Inter "on se soucie beaucoup de l'intelligence artificielle qui s'humanise alors que nous devrions nous alerter de la pensée humaine qui se robotise ».



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